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Minéraux

La Parure en Variscite de Carnac

Variscite : la pierre néolithique des tumulus de Carnac

Carnac est surtout connue pour ses alignements de menhirs, mystérieux vestiges du Néolithique. Mais ses tumulus renferment un autre secret : des parures en variscite, une pierre verte fascinante dont l’origine a longtemps intrigué les archéologues.

Qu’est-ce que la variscite ?

La variscite appartient au groupe des phosphates : composée de phosphate d’aluminium hydraté, elle se forme lorsque des eaux riches en phosphates s’infiltrent dans des roches alumineuses en surface. Sa couleur verte caractéristique — du vert pâle au vert émeraude — est due à des traces infimes de chrome trivalent dans sa structure cristalline. Les veinures blanches que l’on observe sur certains spécimens sont formées par la crandallite, un autre phosphate qui se dépose dans les mêmes conditions.

Sa dureté de 4 à 5 sur l’échelle de Mohs la rend plus fragile que d’autres pierres fines — une caractéristique qui rend d’autant plus remarquable la finesse des perles néolithiques taillées dans ce matériau. Elle se forme dans les environnements arides, où les eaux riches en phosphates s’infiltrent dans les fissures de la roche. On la trouve souvent à proximité de gisements de turquoise, avec laquelle elle partage des conditions géologiques similaires.

Une découverte vieille de plus de 160 ans

En 1862, lors des premières fouilles du tumulus Saint-Michel à Carnac, un remarquable collier en variscite datant du Néolithique est exhumé. Pline l’Ancien faisait déjà référence à cette pierre sous le nom de « callaïs » — une pierre verte qui partage avec la turquoise une composition et une couleur similaires, et que l’on identifie aujourd’hui comme la variscite.

Son nom moderne dérive de « Variscia », désignation historique de la région du Vogtland en Allemagne. Utilisée dès la préhistoire comme élément de parure en Europe occidentale, on la retrouve le long des côtes atlantiques et dans le nord-ouest de la Méditerranée.

Alignement de menhirs à Carnac

Un mystère à résoudre : d’où venaient ces pierres ?

Dès le XIXe siècle, la découverte de perles et pendeloques d’un vert clair caractéristique dans les sépultures des grands tumuli de Carnac attire l’attention de la communauté scientifique. Un programme de recherche international, dirigé par Guirec Querré, est lancé pour répondre à quatre questions fondamentales :

  • D’où sont originaires les gemmes découvertes dans le Morbihan — échanges locaux ou transactions à grande distance ?
  • Les civilisations néolithiques dépendaient-elles d’une seule source ou de plusieurs pour leur approvisionnement ?
  • Les sources ont-elles changé au fil des trois millénaires étudiés ?
  • Existe-t-il un lien entre la répartition des sites archéologiques et l’origine géographique des gemmes ?

Une méthode d’analyse de pointe

Pour identifier l’origine de ces pierres précieuses, les chercheurs ont collecté des échantillons de variscite provenant de diverses sources européennes — péninsule ibérique, péninsule armoricaine — et les ont analysés par la méthode PIXE (Particle-Induced X-ray Emission) via l’accélérateur AGLAE. Un modèle chimiométrique de provenance a ensuite été créé pour comparer les gemmes de Carnac avec différents gisements : Palazuelo et Encinasola en Espagne, Gava en Catalogne, Pannecé en France.

L’avantage de ces méthodes : elles sont non invasives et non destructrices — essentielles pour analyser des objets aussi précieux.

Les conclusions : des échanges atlantiques à longue distance

  • Aucune des perles ne provient de Pannecé (Bretagne) — les échanges étaient donc à longue distance
  • Toutes ont une origine ibérique, sans interaction avec la région méditerranéenne (Gava, Catalogne)
  • Seules deux sources ont été exploitées : Encinasola (Andalousie) et Palazuelo (Castille et León)
  • Les perles des sites les plus anciens viennent d’Encinasola ; celles des sites plus récents de Palazuelo — un changement d’approvisionnement vers 4 000 ans av. J.-C.

📍Ces résultats révèlent l’existence de réseaux d’échanges néolithiques structurés le long de la façade atlantique, reliant l’Andalousie au Morbihan sur des milliers de kilomètres — bien avant l’invention de l’écriture.

Une pierre présente sur toute la façade atlantique

Carnac n’est pas un cas isolé. Des parures en variscite ont été retrouvées en grand nombre dans de nombreux sites néolithiques d’Europe occidentale — pas moins de 800 perles découvertes dans 33 monuments datés entre 5000 et 3000 ans avant J.-C. dans la seule région de Carnac.

Les sites de consommation s’étendent sur toute la façade atlantique : Espagne, Portugal et France principalement, avec des comparaisons possibles jusqu’en Bulgarie pour d’autres pierres de parure néolithiques. En Espagne, le site de Gavà au sud de Barcelone a livré un complexe minier néolithique exceptionnel, avec des puits d’extraction et des ateliers de fabrication de parures — la seule exploitation minière de variscite documentée à ce jour pour cette période.

Sources :

Archéologiques et scientifiques

Minéralogiques de référence

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Source encyclopédique